TABLE DES MATIÈRES

EXTRAIT COURT



Dans la rue du Boyer, autrefois rue de Bé, à Saint-Malo, presqu?au coin de la place Broussais, se trouvent encore quelques vieilles maisons, qui ont conservé leur caractère architectural du dix-septième siècle.
Dans l'une d'elles « au bas de la rue du Bé », dit un document de l'époque, habitait vers 1650, Nicolas Perrée, sieur du Rocher, armateur et corsaire, dont la famille était établie à Saint-Malo depuis trois générations.
Il avait épousé, très jeune, une Malouine, Jeanne Fanton, et en avait eu six enfants. Son second fils, Pierre Perrée du Coudray, né à Saint-Malo le 23 décembre 1656 s'était marié à 29 ans, le 23 mai 1685, à Hélène Vital de Montgrué, dans la charmante chapelle Saint-Aaron, petite, simple, mais évocatrice.
Pierre Perrée du Coudray avait fait de bonnes études, avant de se consacrer à la mer, car ses rapports sont d'un style correct, et d'une belle écriture, que termine la signature « du Coudray Perrée », dont le fac-similé est ci-contre. C'était un usage courant, à Saint-Malo, d'intervertir les noms.
Ainsi du Guay Trouin, qui s'appelait en réalité, René Trouin, sieur du Guay, signait du Guay Trouin. Il en fut de même pour bien d'autres qu'on pourrait citer.
Les premières années du Coudray Perrée, sur mer, furent celles de tous les jeunes gens de son entourage. Il montait les navires de son père ; plus tard ceux de son beau-père, le sieur Vital de Montgrué, armateur, puis capitaine des vaisseaux du Roi, en 1682 ;ou bien ceux de son cousin et ami, Luc de la Haye, sieur de La Villestreux.
Celui-ci, né à Saint-Malo le 16 octobre 1652 , allait tenir de son père qui avait fait une brillante carrière dans la marine royale, et qui, comme chef d'escadre en 1672, avait été chargé par la Compagnie des Indes, de protéger l'établissement d'un comptoir à Ceylan, dans la baie de Trinquemalé. À peine y eut-il pris possession d'une petite île qu'il avait fait fortifier, qu'une escadre hollandaise de quatorze vaisseaux, portant mille hommes de troupe, et deux mille nègres armés, s'opposa à son ravitaillement à Ceylan. Il laissa, alors, une garnison dans le fort, avec un bateau, le Saint-Jean-Baptiste, pour assurer la liaison, et se dirigea vers la côte de Coromandel, où il s'empara d'une ville importante, Saint-Thomé.
Pendant ce temps, les Hollandais prenant ouvertement parti contre lui, enlevaient le bâtiment et le fort, qu'il avait laissés devant Ceylan, et venaient l'assiéger dans Saint-Thomé, qu'il fût obligé d'évacuer après des péripéties diverses, et après un siège qui dura deux ans, car il ne rentra en France que le 6 septembre 1674.
Tandis que son père se distinguait ainsi aux Indes, Luc de la Haye, sieur de La Villestreux, armait lui-même, et commandait des bâtiments, pour la course ; en 1677, il prenait ou brûlait des baleiniers hollandais, sur la côte du Groenland ; en 1682, il commandait le Saint-Luc, pendant une expédition qu'il fit à Cadix du 15 avril au 17 novembre. Ce voyage fut marqué par une épouvantable tempête de cinq jours, et par les rixes, suivies de mort d'hommes, de son équipage, dans les rues de Cadix, pendant lesquelles le chirurgien du bord, intervint, plus pour donner des coups d'épée que pour les guérir.
Peu d'années après, s'ouvraient les hostilités contre l'Angleterre et la Hollande ; les mers étaient sillonnées d'ennemis ; le commerce devenait de plus en plus difficile ; toute l'activité se porta, peu à peu, vers la guerre de course.
Toutefois, pendant les premiers temps, elle donna peu de résultats, car les déclarations des corsaires, à leur rentrée dans le port de Saint-Malo, qui sont contenues dans dix-sept gros in-folios, reliés en parchemin, pour la période de 1686 à 1697, ne commencent guère à être intéressantes, qu'en 1688...










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